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De la cohérence textuelle

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Amaranthe

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Message Sujet: De la cohérence textuelle   Jeu 22 Déc - 3:14


De la cohérence textuelle

Tutoriel rédigé par Amaranthe


Qu'est-ce que la cohérence textuelle ? C'est ce qui fait du texte une unité possédant un sens particulier plutôt que la simple addition du sens des phrases qui le composent. Dit ainsi, la cohérence textuelle paraît couler de source. Mais force est de constater que bien souvent, dans un texte, l'auteur faillit à l'exigence de la cohérence pour suivre le flux de ses idées... sans penser que le lecteur, derrière lui, n'aura pas le même flux d'idées ni les mêmes connaissances, donc ne pourra pas considérer le texte comme cohérent ! Voyons donc ce qui fait du texte une unité cohérente avant de nous pencher davantage sur les moyens d'assurer cette unité.

Facteurs de cohérence


Il existe trois facteurs de cohésion textuelle, situés à deux niveaux : l'isotopie se situe au niveau du texte global, l'anaphore et les connecteurs au niveau des phrases (et des liens entre deux phrases proches). Pour qu'un texte soit cohérent, il faut au moins qu'il soit centré autour d'une isotopie (cf. ci-dessous), à laquelle s'ajoutent des anaphores et/ou des connecteurs. L'assemblage du texte se fait ensuite selon une progression thématique, dont nous parlerons plus tard.

1. L'isotopie


L'isotopie, c'est l'appartenance à un même champ notionnel. Plus simplement dit, c'est le fait qu'un mot appartienne à un groupe de mots centrés autour d'une même notion, d'une même idée. De là, le lien avec la cohérence textuelle est évident : si les phrases ne se regroupent pas autour du développement d'une même idée, adieu la cohérence ! Voyons un exemple de texte sans la moindre isotopie :
Citation :
Il pleut bien fort ce soir. Malgré tout, tu dois avouer que le gâteau était délicieux ! En plus, il paraît que la marine anglaise a mené des expériences sur des ornithorynques l'été dernier. En dépit de cela, un carré est une forme géométrique à quatre angles droits et quatre côtés égaux. Pourtant, James Ensor a peint l'Entrée du Christ à Bruxelles. Sans parler du lithium, dont le symbole chimique est Li ! En conclusion, nous pouvons donc affirmer que la vue de ce panorama était magnifique.
Indiscutablement, chacune des phrases de ce texte est on ne peut plus correcte. Indiscutablement, il contient des mots de liaisons (connecteurs) en tous genres, censés assurer la cohérence du texte. Pourtant, vous ne pourrez pas dire que ce texte est cohérent, faute d'isotopie : il n'y a aucun point commun entre la météo, le goût du gâteau, la marine anglaise, le carré, la toile d'Ensor, le lithium et le panorama ! La cohérence textuelle ne dépend donc pas de la présence de mots de liaison entre les phrases, mais d'autres facteurs dont l'isotopie, indispensable à la construction de tout texte cohérent. Voyons un exemple inverse : pas de connecteurs (mots de liaison), mais une isotopie :
Citation :
Le lapin domestique est un petit mammifère de la famille des lagomorphes. C'est un descendant du lapin de garenne. Il peut être de taille et de poids variables en fonction des espèces. La couleur de sa fourrure est également très aléatoire, n'étant fixée que dans quelques races. Il se nourrit essentiellement de foin, mais mange également des fanes de carottes, du persil et des endives. Cet animal, vu comme très sociable et doux, fait un petit compagnon apprécié, en particulier pour les enfants.
En dépit de l'absence de connecteurs et de la présence très réduite d'anaphores (cf. ci-dessous), nous pouvons dire que ce texte présente une certaine cohérence, bien que la progression thématique (c'est-à-dire l'enchaînement des phrases, cf. ci-dessous) soit éclatée. Preuve s'il en faut que la simple présence d'une isotopie fait beaucoup pour la cohérence du texte...


2. L'anaphore


L'anaphore, c'est la reprise (plus ou moins exacte) d'un élément présent dans l'antériorité du texte. Elle peut être pronominale (l'anaphore est un pronom) ou lexicale (l'anaphore est un nom). La présence d'anaphores est quasiment indispensable à la cohésion textuelle : il est pour ainsi dire impossible de construire un texte cohérent sans rappeler ce qui a été dit dans les phrases précédentes au moyen d'une anaphore (plus ou moins exacte). Nous allons envisager les anaphores selon deux points de vue : un point de vue grammatical et un point de vue logique.

A. Point de vue grammatical

L'anaphore pronominale peut être n'importe quel pronom, tant qu'il réfère à un élément cité auparavant dans le texte (il existe également des pronoms dits "déictiques", qui ne sont compréhensibles que quand on connaît la situation dans laquelle le texte a été écrit, et des pronoms dits "par défaut", dont l'interprétant n'est ni anaphorique, ni déictique). Elle est toujours exacte (ou "fidèle"), c'est-à-dire qu'elle reprend exactement l'élément précité, sans être plus globale ou plus précise. Exemple :
Citation :
Le lapin est un petit mammifère de la famille des lagomorphes, qui descend du lapin de garenne. Sa fourrure peut être de différentes couleurs. Il mange essentiellement du foin.
Dans cet exemple, l'anaphorisé (l'antécédent, dit-on souvent) est à chaque fois "le lapin" et les trois anaphores (en bleu) sont trois pronoms de catégories différentes (relatif, possessif et personnel), chacun reprenant avec exactitude le mot "le lapin" (on pourrait écrire : "Le lapin est un petit mammifère de la famille des lagomorphes. Le lapin descend du lapin de garenne. La fourrure du lapin peut être de couleur variable. Le lapin mange essentiellement du foin.").

L'anaphore lexicale est beaucoup plus vaste : c'est la reprise d'un nom (ou groupe nominal) par un autre nom (ou groupe nominal). Par conséquent, ce type d'anaphore est possiblement beaucoup moins exact que le précédent. L'anaphore lexicale consiste à remplacer un mot par un autre, pour le dire plus simplement. Exemple :
Citation :
La rose que tu m'as offerte pour la Saint-Valentin m'a fait très plaisir. Cette petite fleur trône désormais dans ma chambre.
Dans ce premier exemple, l'anaphore est approximative ("infidèle") : "cette petite fleur" peut, dans l'absolu, faire référence à des tas d'autres fleurs qu'à la rose mentionnée auparavant, elle ne reprend pas le terme exact de "rose". Autre exemple :
Citation :
Oh, un poisson ! Regarde, papa, regarde, le poisson se cache derrière cette algue !
Dans ce cas-là, l'anaphore est fidèle.

B. Point de vue logique


Les anaphores peuvent être de quatre types : fidèle, infidèle, résomptif ou associatif. Nous avons déjà brièvement parlé (au point précédent) des anaphores fidèles et infidèles, c'est pourquoi nous ne nous attarderons pas beaucoup sur le sujet.

  • Les anaphores fidèles reprennent exactement l'anaphorisé (leur "antécédent" ou "interprétant", autrement dit), que ce soit par un pronom ou par un mot du lexique soit identique, soit synonyme. Exemples :
    • "Le chat a mangé la souris. Il en a été malade." (anaphore pronominale)
    • "Le chat a mangé la souris. Le pauvre minet en a été malade." (anaphore lexicale)

  • Les anaphores infidèles reprennent approximativement l'anaphorisé. Souvent, le mot employé dans l'anaphore est un hypéronyme, c'est-à-dire un mot désignant un groupe de choses parmi lesquelles se trouve l'interprétant. Comme ceci est très théorique et peut-être un peu difficile à comprendre, prenons un exemple :
    • "Le chat a mangé la souris. Ce malheureux félin en a eu une indigestion."
    Dans cet exemple, le terme de "félin" reprend non seulement le chat en question, mais également les tigres, lions, panthères et autres. C'est donc un cas d'anaphore lexicale infidèle.

  • Les anaphores résomptives ne reprennent pas qu'un nom ou groupe nominal, mais un morceau de texte plus ou moins long dont elles résument le contenu. Exemple :
    • "Le chat a mangé la souris. Le dîner a eu de fâcheuses conséquences."

  • Les anaphores associatives renvoient à un procédé implicite : l'anaphore fait référence à un morceau du texte qui n'est pas mentionné explicitement, mais qui est sous-entendu. Exemple :
    • "J'ai acheté un appartement. La porte d'entrée est superbe."

Si les noms importent peu (et sont souvent un peu trop théoriques...), il est toujours intéressant de savoir de quels types relèvent les anaphores pour comprendre le fonctionnement de la cohérence textuelle ou pour vérifier ses propres textes selon un moyen plus sûr que le simple instinct.


3. Les connecteurs


Il s'agit du dernier grand facteur de cohésion textuelle. Les connecteurs, ce sont tous ces mots-liens qui assurent l'enchaînement (souvent logique) des phrases. Ils peuvent être de plusieurs types :
  • Les connecteurs intraphrastiques (prépositions)
  • Les connecteurs interphrastiques (conjonctions et adverbes de coordination et de subordination).
(note : on entend par "phrase" ce qui est parfois appelé "proposition", c'est-à-dire un groupe de mots articulé autour d'une relation sujet-verbe, pas "suite de mots commençant par une majuscule et se terminant par un point.")

Contrairement à l'anaphore, qui se situe au niveau sémantique (c'est-à-dire ayant trait au sens), le connecteur se situe au niveau logique : il ne reprend pas ce qui est dit auparavant, mais assure et explique le lien entre deux phrases (dans le cas des connecteurs interphrastiques) ou deux groupes de mots (dans le cas des connecteurs intraphrastiques).

La progression thématique


La progression thématique est tout simplement l'évolution du traitement du sujet au fur et à mesure de l'avancée du texte. Le thème, c'est ce dont on parle. Plus exactement, c'est le sujet logique (qui n'est pas toujours le sujet grammatical) de la phrase. Et au fur et à mesure que l'on avance dans la construction du texte, ce thème évolue : toutes les phrases n'ont pas le même sujet (du moins pas toujours). Il existe trois types de progression thématique :

  • La progression constante : c'est le cas où chaque phrase du texte a le même sujet logique. Exemple :
    Citation :
    Le chat de madame Hardy est un sacré matou ! Tous les soirs, ce triste félin vient miauler sous les fenêtres des voisins pour obtenir un peu de lait ou une quelconque friandises. Pourtant, l'animal est loin d'être mal nourri ou maltraité ! Il est juste gourmand.
  • La progression linéaire : dans ce cas-ci, chaque phrase n'a pas le même sujet, mais le sujet de la phrase 2 est présent dans la phrase 1 (et ainsi de suite pour les phrases suivantes : le sujet de la phrase 3 est dans la phrase 2, le sujet de la phrase 4 est dans la phrase 3, etc.), le plus souvent sous la forme d'un complément (in)direct du verbe ou d'un complément d'agent (si le verbe est au passif). Exemple :
    Citation :
    Un beau jour, le brave matou fut surpris par sa maîtresse. Madame Hardy s'empressa de lui faire une remontrance devant tous les voisins. Ceux-ci, touchés par le sort de la malheureuse bête, assurèrent alors la brave dame que son chat ne les dérangeait pas du tout, quand bien même ils pensaient le contraire.
  • La progression éclatée est un cas un peu plus compliqué : le premier sujet logique est un hypéronyme (cf. ci-dessus) et les sujets suivants sont ses hyponymes (les mots appartenant au groupe de choses désignées par le 1er sujet). Exemple :
    Citation :
    Les cétacés sont les mammifères marins. La baleine est sans conteste le plus grand d'entre eux, tandis que le marsouin est le plus petit. Mais le plus célèbre est le dauphin, dont le sourire et l'excellente réputation font tout le charme.

Ces trois types de progression thématique sont employés dans des cas très différents : la progression constante est utilisée dans les descriptions et les textes où le thème évolue peu, mais sur lequel on dit de nombreuses choses ; la progression linéaire, la plus fréquente, amène une évolution plus ou moins rapide du thème donc peut être employée dans tous les textes logiques et narratifs ; enfin, la progression éclatée sert essentiellement à l'énumération : on donne dans la première phrase le champ notionnel autour duquel vont s'articuler les sujets suivants. Il est donc nécessaire de faire attention au choix de la progression thématique lors de la rédaction d'un texte !

Assurer la cohérence textuelle



C'est là le but de notre tutoriel, n'est-ce pas ? Eh bien, figurez-vous que la cohérence textuelle vient le plus souvent naturellement : lorsque l'on écrit, les idées viennent spontanément, en un flux continu, durant un certain laps de temps avant de s'interrompre (vous voyez, là, les fameux moments où l'on ne sait pas très bien quoi écrire...). En règle générale, les morceaux de texte écrits durant ces périodes où les idées viennent spontanément sont naturellement cohérents. Le problème se situe donc à la transition entre ces différentes périodes, à savoir le moment d'arrêt du flux. C'est à ce moment-là que la logique peut s'interrompre, brisant par la même occasion la cohérence textuelle. Or, sur le moment, l'esprit est trop concentré sur sa tâche et suit trop sa propre logique pour pouvoir porter un jugement lucide sur le texte produit. C'est pourquoi il est nécessaire de se relire, de préférence un peu de temps après avoir écrit le premier jet, afin de s'assurer que tout est cohérent et s'enchaîne avec fluidité, sans qu'il y ait de moments où on se demande, même furtivement, ce qu'on a exactement voulu écrire.

Lors de la relecture, il faut particulièrement faire attention aux transitions entre les phrases et entre les paragraphes, lieux par excellence de "blocage" de la logique. Pour remédier aux éventuels problèmes, il est toujours bon de vérifier si l'isotopie est respectée, si les anaphores sont présentes et correctes, si les connecteurs sont bien choisis et si la progression textuelle est valable. Si ces quatre points sont respectés, alors le texte peut être considéré comme cohérent.

Terminons ce tutoriel sur un petit conseil : lorsque vous écrivez, si vous sentez poindre une idée intéressante, ne la notez pas au beau milieu du tas, comme un cheveu sur la soupe ! Au contraire, notez-la à part et pensez à y revenir plus tard. Si votre texte doit absolument être cohérent (devoir, par exemple), pensez à élaborer un plan d'abord général, puis de plus en plus détaillé, ce qui vous permettra de raturer et de corriger à votre guise sans rien oublier. En tout cas, veillez absolument à ce que votre texte soit cohérent : c'est la clé de la communication.




Vous rencontrez un souci avec ce tutoriel ? Venez poser votre question [ici].

Idea N'oubliez pas de lire et de suivre les [règles de la section].
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Amaranthe - Templier de l'Orthographe parti en Croisade
(Inspectrice, correctrice et professeur)

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Message Sujet: Re: De la cohérence textuelle   Dim 22 Juil - 17:34

Questions Fréquentes


Qu'est un pronom "déictiques" ?


Amaranthe a écrit:
Le pronom déictique renvoie à la situation concrète dans laquelle le texte a été écrit, il assure un lien entre la situation réelle et la situation textuelle. Il est donc surtout employé dans la conversation, plus rarement à l'écrit. Un exemple de déictiques :
Citation :
Toi, donne-moi ce livre !
Sans connaître la situation dans laquelle cette phrase a été dite/écrite, impossible de dire qui est "toi" et de quel livre il s'agit. Smile
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